La croisée des destins
Chapitre 14 : Transhumance
“-
Eh, Charles, où se trouve le bétail ?
- A deux jours d’ici, dans les contre-forts des montages, plus au sud ! Là-bas, les pâturages y sont plus riches, donc meilleurs pour les bêtes !”
Cela faisait une heure que nous avions quitté le ranch.
Juchée sur Démon, je marchait à côté de mon cousin, sur Gulliver. Nous étions
dix en tout, avec mes deux cousins, mon oncle, Léa et Leslie et cinq cow-boy du
ranch, Andy, Patrice, Francisco, Paulo et Roger, à participer à la
transhumance. Mais Charles m’avait expliqué que, en cours de route, nous
rencontrerions sûrement d’autres ranchers.
“- La transhumance est souvent l’occasion de grandes
fêtes entre voisins ! m’expliqua-t-il.
- Et qu’est-ce
qu’on devra faire, avec le bétail ? demanda Léa, juste derrière nous.
- Et bien, notre
rôle consiste à empêcher les bêtes de s’éloigner du troupeau. Mais, la plupart
du temps, Lasso et Mambo règlent le problème à eux seuls ! ajouta Charles, en
désignant les deux chiens de bergers, qui courraient près des chevaux. Et puis,
en cas de problèmes, laissez faire vos chevaux, ils connaissent leur boulot !
- Pourquoi les
cow-boys ont-ils tous des fusils ? s’étonna Leslie.
- Les montagnes
sont peuplés de bêtes sauvages et dangereuses, qui s’attaquent aux bêtes, mais
rarement aux humains. Dernièrement, on a d’ailleurs perdus deux veaux. En plus
de cela, un Lynx a été repéré dans le coin ! Et ces bêtes, elles, n’hésitent
pas à s’en prendre aux hommes !
- Rassurant, ça !
marmonna Leslie.
- Mais il y a
peut de chance qu’on tombe sur lui ! reprit Charles. De plus, les bêtes
sauvages ne traînent pas dans ce coin… ! Mais c’est juste au cas où !
- J’aime mieux ça
!
- En tout cas,
vous allez adorer les paysages ! Et la première journée, le terrain est idéal
pour galoper !”
Soudain, comme pour confirmer ce que mon cousin disait, mon
oncle, en tête du “cortège”, donna l’ordre de partir au galop. Je détendis mes
rênes, lorsque Démon s’élança. Pour une bête aussi jeune, son galop était très
souple, sans à coups, et me rappelait beaucoup le galop d’Éclipse. Je supposais
qu’Illusion devaient avoir plus de points communs avec Éclipse que sa seule
apparence physique. Par contre, pour Léa, Boréale la changeait complètement de
Jupiter, qui avait un galop un peu heurté mais régulier, ou Leslie dont le
rythme calme de Mafioso devait contraster avec les foulées longues et
irrégulières d’Émir... Enfin, c’était la première fois que je galopais avec
Démon, en extérieur. Celui-ci progressait avec aisance et un plaisir évident
sur les vastes étendues d’herbes qui s’étalaient devant nous.
* * * * *
Dans le courant de l’après-midi, nous commençâmes à être
rejoints par d’autres cow-boys des ranchs voisins.
“- Ah, voilà les gars du ranch Anderson ! lança Antoine,
en apercevant, un groupe de cavaliers, un peu plus à l’est.
- Le ranch d’où
vient Démon ? m’étonnai-je.
- Oui ! Ce
ranch-là ! “Cœur-de-Plomb” va être surpris de te voir sur Démon ! remarqua
Charles.
- “Cœur-de-Plomb”
? m’exclamai-je, surprise.
- En fait, il
s’appelle Ralph Anderson, c’est le propriétaire du Ranch Anderson ! Mais il est
sans pitié et cruel, que ce soit avec ses bêtes ou ses salariés ! On dit qu’il
ferait tout pour mettre la main sur le troupeau d’Illusion, mais il ne l’a
jamais trouvé ! Et c’est le grand rival du ranch de mon père !” m’expliqua
Charles, à voix basse.
Le groupe du ranch Anderson nous rejoignit rapidement.
“- Eh ! Quel hasard de te voir là, Carl ! lança d’une
voix, faussement aimable, le dénommé Ralph, à mon oncle.
- Salut Ralph !
Alors, comment se porte ton élevage ? répondit mon oncle, cachant mal la
froideur de sa voix.
- Il n’a jamais
été aussi bon ! Mon champion va vous donner du fil à retordre à la course,
crois moi !
- Si tu le dis !
Ralph, permet moi de te présenter mes “stagiaires”, Cécilia, Leslie, et Léa.”
Ralph, un homme gros et trapu, avait un visage sec, dont
les yeux noirs, semblables à des billes, étaient enfoncés dans leurs orbites et
dont les minces lèvres pâles étaient étirées en un faible rictus, découvrant
des dents de couleur passablement douteuse. Ses cheveux étaient gris et
hirsutes. Je m’attardai sur son visage, très pâlot et buriné. Justement, ce
visage me disait quelque chose, mais quoi ? Il nous jeta un regard méprisant.
Mais, il parut surpris, en apercevant ma monture.
“- Eh petite ! me lança-t-il. Méfie-toi de cet animal !
Il est dangereux ! Je l’aurai bien abattu, mais j’ai préféré le vendre, pour ne
pas perdre tout l’argent que cette bête m’a coûtée. Il est plutôt vicieux !
- Tout dépend qui
le monte ! répliquai-je. Si le cavalier à l’esprit tordu, le cheval sera de
même !
- Et bien, tu es
bien mal élevée, petite ! Si j’étais toi...! Tu devrais savoir que personne
n’insulte Ralph Anderson, sans le regretter !
- Vous ne me
faites pas peur ! rétorquai-je. Vous pouvez me menacer tant que vous
voudrez...!
- Je te connais,
toi ! me coupa soudain le bonhomme, avec froideur, en m’observant de plus près.
Eh, Carl, tu ne m’avais pas dit que ta nièce passait ses vacances chez toi.”
Le gars repartit vers l’avant du groupe rejoindre ses
hommes, et pour “discuter” avec mon oncle.
“- Cécilia, t’es folle ou quoi ? s’écria Charles.
- Pourquoi,
qu’est-ce que j’ai fais de mal ? rétorquai-je.
- Il faut pas le
provoquer ce gars-là ! expliqua Antoine. Il est très rancunier !
- Et alors, il
n’avait qu’à pas se conduire de la sorte ! Il aurait abattu Démon, si ça ne lui
avait pas fait perdre de l’argent ! Il l’a dit lui-même !”
Mes cousins laissèrent tomber. Au fur et à mesure que
nous progressions vers le sud, de nouveaux cavaliers se joignaient à nous.
Le soir venu, nous avions atteint le lieux de “camping”,
dans l’ombre des montagnes, qui s’étendaient devant nous. Charles m’avait fait
remarqué que le troupeau se trouvait, en temps normal, à plusieurs kilomètres
de là, vers l’est. Et qu’il était peu probable qu’on ne le rencontre. L’endroit
était agréable. Une cascade, issue de la montagne, achevait sa course dans une
espèce de lac naturel, un peu plus loin, alimentant le torrent tumultueux qui
traversait la plaine en cet endroit, pour se perdre dans un épais bosquet. De
toute évidence, à chaque transhumance, les “ranchers” s’arrêtaient là car le
lieux avait été bien aménagés. Des “cabanes”, dont les rondins de bois étaient
recouverts de mousse, étaient disséminées un peu partout et chacune d’entre
elle attenait à un vaste enclos, entouré de hautes barrières.
“- Chaque ranch à son baraquement ! m’expliqua Antoine,
après que je lui aie posé la question sur l’agencement des lieux. Le nôtre,
c’est celui de l’extrême droite... ! précisa-t-il. Comme ça, chacun peut
garder un oeil sur ses bêtes, rassemblées dans l’enclos attenant à son
baraquement ! Le logement est assez sommaire, mais c’est juste pour ce soir, et
au retour ! ajouta-t-il, alors qu’on mettait pied à terre.
- Mais le
meilleur moment, c’est la veillée ! intervint Charles. Le soir on se réunit
tous pour le repas, autour du feu de camp !
- Tu ne t’en
lasse pas, depuis le temps ? s’étonna Léa.
- Non ! Chaque année,
la veillée est toujours aussi agréable ! Bon, on va desseller les chevaux, les
faire boire puis on les lâchera dans l’enclos, avant de les nourrir.”
Une demi-heure après, tout cela fait, Léa, Leslie et moi,
nous entrâmes dans le baraquement du ranch de mon oncle. A l’intérieur, l’odeur
de foin qui y régnait était saisissante. Cinq lits superposés occupaient la
majeur partie de la pièce. Une lampe à pétrole était posée sur une petite
table, au milieu de la pièce et c’était tout. Comme avait dit Antoine, le
logement était assez sommaire. Mais je trouvais ça génial ! Ca changeait du
grand luxe de la maison… Au moins, ici, on vivait presque en communion avec la
nature. J’aperçus, près de la porte, nos paquetages.
Lors du repas, le thème principal de la soirée fut, bien
sûr, la course. Tous n’avait de pensées que pour leur “champion” et les bêtes
qu’ils allaient gagner. D’après ce que j’en compris, Anderson avait gagné la
course ces douze dernières années, et semblait bien décidé à remporter, une
fois de plus, l’épreuve.
“- Alors Carl, vous comptez prendre quel cheval pour la
course ? lança-t-il d’une voix tonitruante, à mon oncle.
- Je ne sais pas
encore ! répondit-il simplement. Je pensais à Solstice, mais il boîte !
- Solstice ?
C’est pas cet étalon blanc, le fils de cet étalon de malheur, ce sauvage
d’Illusion ? demanda un autre cow-boy, un certain Tim Borders.
- Exactement, Tim
!
- Vous savez tous
ce qu’on pense de cet animal, Carl ! Illusion est...!
- Et vous, Tim,
qui comptes-tu inscrire à la course ? coupa soudainement mon oncle.
- Je suis sûr
qu’il va encore y inscrire Suprême ! rétorqua “Cœur-de-Plomb”.
- Non, il
commence à se faire vieux ! Je pensais plutôt à Cyclone ! rétorqua Tim. Et
j’espère bien qu’il saura se montrer à la hauteur de votre champion, Winner,
Ralph !
- Winner est
vraiment un as ! Personne ne peut le battre !” se rengorgea Ralph.
Dégoûtée, je cessais d’écouter et me levais. Je rejoignis
l’enclos où les chevaux du ranch Thomas broutaient tranquillement. Démon,
m’apercevant, rejoignit la barrière au petit trot, en hennissant doucement. Je
grimpai sur la barrière. Un peu plus loin, des rires me provenaient du “coin du
feu”. La nuit était claire et le ciel dégagé. La lueur tamisée de la nouvelle
lune baignait les alentours d’une teinte pastel. Le ciel était criblé
d’étoiles.
“Tu es adorable, toi ! murmurai-je en caressant le
chanfrein de Démon. Ce Ralph Anderson se croit vraiment le plus fort ! Rien que
pour ça, je souhaiterai gagner l’épreuve, rien que pour remettre à sa place ce
grossier personnage ! Il voulait t’abattre, mon gros ! Comme s’il pouvait
comprendre un fils d’Illusion...! Alors qu’en fait, tu as le “cœur sur la
main”, Démon !”
L’étalon s’ébroua, comme pour confirmer.
“En tout cas, tu es très vif, et intelligent !
remarquai-je. En deux semaines, on a réussit à te dresser comme il faut ! Tu as
compris que nous, au moins, on ne te ferait aucun mal !”
Une rafale de vent ébouriffa soudain les crins de
l’animal. Celui-ci leva brusquement la tête, les naseaux dilatés, observant les
montagnes. Je remarquait que tous les chevaux de l’enclos avaient adoptés la
même attitude. Démon laissa échapper une espèce de ronflement et continua,
longtemps, à observer les montagnes. Les deux juments dans l’enclos frémirent.
Un faible hennissement raisonna dans la nuit. Mais cet hennissement était
strident, aigu. Un hennissement que je connaissais bien. L’hennissement de défi
d’un étalon sauvage.
“- C’est pas possible ! murmurai-je. Illusion ne pourrait
pas...! Charles m’a dit qu’Illusion ne pouvait se trouver ici, mais s’il se
trompait ? Et si...Illusion m’avait suivit ?
- Cécilia ?”
Je sursautai. Léa était juste derrière moi.
“- Pourquoi t’as quitté le repas ? Je me demandais où tu
étais passée ! Ca va ?
- Oui, oui, ça va
! J’en avais marre d’entendre ce gars, Ralph Anderson, se vanter, alors j’suis
partie !
- Oui, j’comprend
! C’est vrai que ce gars est immonde ! Mais tu ferais bien de revenir… ! Au
fait, si c’est pas indiscret, pourquoi tu parlais d’Illusion, tout à l’heure ?
- En fait...,
c’est que....! commençai-je, gênée. Oh, et puis zut ! Mais promet moi de ne
rien dire à personne !
- Qu’est-ce que
t’as encore fait, Cécilia ? s’inquiéta Léa.
- Et ben...avec
l’aide de Charles..., je suis allée voir Illusion...et....!
- J’me doutais
que vous complotiez quelque chose, tous les deux ! intervint Léa. Et alors,
qu’est-ce que ça a donné ?
- Ca c’est bien passé
! Illusion n’a pas eu peur de moi !
- Hum ! Mais, tu
sais, si j’étais toi, je laisserai tomber l’idée de le monter pour l’épreuve de
fond !
- Quoi ? Comment
tu sais ça ? m’étonnai-je.
- Tu n’est pas ma
meilleure amie pour rien ! Je te connais par chœur ! Alors, réfléchis… ! D’un
côté, on a une épreuve de fond…, Éclipse va y participer, mais il ne connaît
pas bien le parcours ! D’autre part, nous avons Illusion, un étalon qui,
d’après ce qu’on me dit, serait le parfait sosie d’Éclipse, qui a passé toute
sa vie dans les montagnes, et donc connaîtrait le tracé comme sa poche...! Pas
trop compliqué à deviner, non ?
- Oui ! admis-je.
- Mais, si tu
veux le revoir, je vous couvrirai, si tu veux ! ajouta Léa.
- Oh merci, Léa !
Tu es vraiment une chouette amie ! m’écriai-je.
- Je sais !
plaisanta-t-elle.
- Hum ! Et Léa,
tu en pincerai pas un peu pour Charles ? répliquai-je, changeant de sujet.
- Qui ? Moi ? Non
! rétorqua-t-elle, en rougissant.
- Mon œil oui !
Pourquoi tu rougis chaque fois qu’on parle de lui ? continuai-je, ayant aperçue
son trouble. Allez, ne me dis pas que tu ne le trouve pas mignon...!
- Hum ! Bon, ça
va ! Oui, il est trop mignon, t’es contente ?
- Oui ! C’est ce
que je voulais savoir ! assurai-je, triomphante. Bah, je vais t’apprendre un
truc, lui, il a pas de petite copine !
- C’est vrai ?
- Ouais ! Il me
l’a dit lorsque qu’on allait voir Illusion ! Il semble que, au lycée, plusieurs
filles lui tournent autour, mais que elles ne sont pas son genre ! Lui, il m’a
dit que, pour lui, la fille idéale, serait intelligente, honnête, mignonne (il
est pas contre) et passionnée de chevaux ! Ca te correspondrait bien non ?
- Toi aussi, que
je sache ! marmonna-t-elle.
- Eh ! Oh !
Réveille-toi ! J’suis sa cousine ! lui rappelai-je.
- Ah oui, c’est
vrai ! Mais, il ne m’aime pas, lui !
- Qui sais ?
répondis-je, mystérieusement, avant de quitter la barrière, administrant au
passage une petite tape amicale sur l’encolure de Démon. Allez viens, on doit
nous attendre au campement !” ajoutai-je en courant vers le feu de bois qui
brûlait un peu plus loin, ignorant les questions de mon amie.
“- Pourquoi ? Il t’a dit quelque chose ?
- Peut-être… !
- Allez, dis !”
insista-t-elle.
Mais
je l’ignorai, en me retenant à rire. Soudain... Vlan ! Je heurtai violemment
quelqu’un et tombai, les fesses dans la poussière.
“- Aïe ! marmonnai-je.
- Oh, excusez-moi
! lança celui que j’avais heurté, en m’aidant à me relever.
- Merci !
- C’est tout
naturel ! Au fait, moi c’est Jo !
- Enchantée !
Moi, c’est Cécilia !”
Je jetais un regard au garçon. Grand, mince, la
quinzaine, châtain clair, peau mate et yeux noirs. Plutôt pas mal. Il m’adressa
un sourire éclatant.
“- Ravi de faire ta connaissance, Cécilia ! reprit-il, en
me dévisageant.
- Hé, Cécilia !
Ca va ? intervint Léa en me rejoignant.
- Oui, oui, ça va
! Léa, j’te présente Jo !
- Enchantée !
Bon, allez viens, Cécilia, on nous attend !
- Bon, j’arrive !
Je dois y aller… ! lançai-je au garçon.
- On se reverra
bientôt !” répondit-il, tandis que mon amie me traînait vers le feu.
* * * * *
Charles n’avait pas menti en disant que les soirées
étaient sensationnelles. Bob, un des cow-boy, chantait des chansons,
accompagnés de sa guitare, et on eut droit à un mini-concert offert par les
“gars” de mon oncle. Ils étaient trop géniaux. Cette veillée me sortit Jo, et
Illusion, de la tête. Vers dix heures du soir, tout le monde se sépara et nous
regagnâmes notre baraquement. Dans tout ce beau monde, nous devions seulement
être cinq filles (tous les ranchs confondus). Cinq filles légèrement gênées au
milieu de tous ces hommes. Finalement, la nuit s’acheva tranquillement.
“Allez debout !”
Il devait être près de cinq heures du matin quand Charles
nous réveilla, Léa, Leslie et moi.
Une fois habillées, nous rejoignîmes les autres cow-boys,
près du feu, pour le petit déjeuner. Antoine avait déjà nourrit les chevaux.
“- Je déteste les selle de cow-boy ! grommela Léa. Elles
pèsent deux tonnes !
- C’est vrai
qu’elles sont plus lourdes que les selles qu’on utilise en France, mais au
moins, elles sont plus confortables !” répliquai-je, en sellant Démon.
Ayant mangés, nous préparions les chevaux avec mes deux
cousins et Leslie.
“- En plus, ce système de sanglage est plutôt casse-pied
! marmonna Leslie.
- Bah, dis-toi
que, au moins, s’il y a une chose qui ne change pas se sont bien les brides !
remarquai-je, en passant son filet à ma monture.
- Oui, c’est vrai
! approuva Léa, en achevant de sangler Boréale. Ouf ! Finit !” ajouta-t-elle,
en observant les autres chevaux, tous harnachés, attachés à la barrière.
Je vérifiai que mon paquetage étais bien attaché à la selle.
“- Au fait les filles, prenez ça ! nous lança Antoine en
venant vers nous, en nous tendant trois chapeaux de cow-boy. Ca vous évitera
une insolation !
- D’accord… !
Merci !”
Charles était accoudé à la barrière, à côté de Démon.
“- Eh Charles, j’ai l’impression que tu plaît à Démon !
remarquai-je, en voyant la bête poser sa tête sur l’épaule de mon cousin.
- On dirait que
oui !” approuva Charles, en caressant le chanfrein de l’animal.
Mon oncle et ses hommes arrivèrent sur ces entrefaites.
“Bon, vu que tout le monde est prêt, en route !”
lança-t-il, gaiement.
Les ranchers se séparèrent, chacun rejoignant son propre
pâturage.
* * * * *
La journée passa paisiblement. Deux heures après le départ,
nous nous engagions sur un chemin bordé de ravins, qui serpentait à flanc de
montagne.
“- Euh...Charles ! Ne me dit pas qu’on va devoir passer
par là, avec les bêtes ? m’inquiétai-je.
- Non ! me
rassura-t-il. C’est pour ça qu’on met plus de temps au retour. Car avec le
bétail, on doit faire un détour ! En fait, on arrivera dans quatre heures au
plateau !”
Effectivement, quatre heures plus tard, nous atteignîmes
un plateau, balayé par le vent. Une vaste étendue d’herbe verte, sillonnée par
une petite rivière et clôturée, s’étendait devant nous. Une cinquantaine de
bêtes paissaient là.
Je jetais un regard au troupeau, composé, en grande
partie de vaches et leurs veaux. Les adultes portaient tous, sur la cuisse les
initiales RT, les marques du ranch de mon oncle.
En entendant les meuglements du troupeau, Lasso et Mambo
frémirent.
“C’est pas encore le moment ! leur
lança mon oncle, l’air amusé. On va d’abord faire boire les chevaux !”
ajouta-t-il à notre attention.
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